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mercredi 18 novembre 2015

Demande en concession d'une mine de plomb argentifère, cuivre et autres métaux connexes

Empire français. – Préfecture de l'Hérault.
Mines
Demande
En concession d'une mine de plomb argentifère, cuivre et autres métaux connexes, sur le territoire des communes de Pradal, Camplong, Boussagues, Villemagne, Villecelle, le Poujol, Combes, Rosis, Saint-Gervais, Taussac et Hérépian, arrondissement de Béziers, et sur la commune de Colombières, arrondissement de Saint-Pons.
Paris, le 28 mai 1863.
À Monsieur le préfet du département de l'Hérault.
Monsieur le préfet,
Les soussignés John-Robin Harris et Vincent Wanostrocht, sujets de S. M. britannique, demeurant à Londres, qui font élection de domicile en France, à l'hôtel de Bedford, rue de l'Arcade, 17, Paris, ont l'honneur d'exposer qu'ils se présentent pour obtenir la concession de diverses mines, soit de plomb argentifère, soit de fer ou de cuivre et autres métaux, situées dans les communes de Villecelle, de Combes, de Saint-Gervais et de Castanet-le-Haut, arrondissement de Béziers, département de l'Hérault, et pour se soumettre à l'instruction préalable et aux justifications prescrites par la loi du 21 avril 1810.
Les pétitionnaires ont obtenu le consentement, des propriétaires de la surface, de faire des recherches, des sondes, et d'ouvrir des puits et galeries sur leur propriété, ou d'utiliser, par voie de subrogation ou de cession, les travaux effectués pour lesdites recherches, sondes, puits et galeries déjà ouvertes.
Ce consentement a été donné, pour la commune de Villecelle, par M. David André, MM. Jean Cullié, Antoine Tabarie, dit Tamire, Noël Tabarie, Joseph Ferret, Pierre Cazals, Jacques Jougla, Jean-Pierre Bouffard, selon leur déclaration par acte sous-seing privé, fait à Lamalou, le 12 mai 1863, et encore par MM. Antoine Bouffard, Bazille Gayraud, Antoine Cullié et dame veuve [manque un mot] Castagnier, par déclaration sous-seing privé, en date du 13 mai 1863 ; tous les dits actes enregistrés à Paris, le 21 mai 1863. Ces diverses déclarations ont été faites à M. François Corbière, qui, ayant agi pour le compte des exposants, leur en a fait la déclaration et cession par acte sous-seing privé, à Paris, le 18 mai 1863, aussi enregistré à Paris à la susdite date.
Avant, et le 6 avril 1863, MM. Pierre Crébassa et Théophile Lacroix, ont donné pareil consentement à MM. Wanostrocht, directement pour les fouilles, sondes, puits et galeries pratiqués ou à pratiquer sur leurs propriétés sises à Castanet-le-Haut, même arrondissement et département que ci-dessus, ledit consentement établi par acte sous-seing privé, également enregistré à Paris, comme les précédents.
Indépendamment des réserves mentionnées auxdits actes en faveur des propriétaires qui les ont consentis, les exposants se soumettent, le cas arrivant des travaux énoncés à l'art. 15 de la susdite loi, à toutes les conditions prévues ou accidentelles qui seraient la conséquence desdits travaux.
Pourquoi, les exposant vous prient, monsieur le préfet :
1° D'ordonner l'enregistrement à sa date, au secrétariat de la préfecture, de la présente demande en concession ;
2° De leur faire délivrer un extrait certifié ou récépissé de ladite demande ;
3° D'ordonner, dans les dix jours dudit enregistrement, toutes publications et affiches où besoin sera, et ce, en exécution des articles 22, 23, 24, 25 de la susdite loi du 21 avril 1810.
Les soussignés offrent, s'il y échet, de déposer ou consigner telle somme que de besoin pour les frais et dépens l'instruction requise.
Ferez justice.
À Paris, le 21 mai 1863.
Signés : JOHN R. HARRIS et V. WANOSTROCHT.
Vu pour attestation des signatures John-R. Harris et V. Wanostrocht apposées ci-dessus.
Paris, le 21 mai 1863.
Le commissaire de police,
Signé : A. LUDET.

Bédarieux, le 17 juin 1863.
À Monsieur le préfet du département de l'Hérault.
Monsieur le préfet.
Les soussignés John-Robin Harris et Vincent Wanostrocht, sujet de S. M. Britannique, demeurant à Londres, qui font élection de domicile en France, à l'Hôtel Bedfort, rue de l'Arcade, 17, à Paris :
Ont l'honneur d'exposer qu'ils se présentent pour obtenir la concession des diverses mines, soit de plomb argentifère, soit de fer ou de cuivres et autres métaux, situées dans les communes de Boussagues, Le Pradal, Camplong, Villemagne, une partie de Rosis et une partie de Taussac, arrondissement de Béziers, département de l'Hérault, et pour se soumettre à l'instruction préalable et aux justifications prescrites par la loi du 21 avril 1810.
Les soussignés ont fait, avec M. Eugène Poujet, maître foulonnier, demeurant à Bédarieux, un accord de cession que je joins à ladite pétition, tendant à céder tous les titres et droits qu'il peut avoir en sa possession pour les mines ci-énoncées, se désistant de la demande en concession, enregistrée, n°63, le 23 novembre 1857, et donnant enfin aux soussignés tout consentement établi par acte sous-seing privé, à la date du 7 avril 1863.
Indépendamment des réserves mentionnées audit acte, le cas arrivant des travaux énoncés à l'article 13 de la susdite loi, les soussignés s'engagent à toutes les conditions prévues ou accidentelles qui seraient la conséquence desdits travaux.
C'est pourquoi, les exposants vous prient, monsieur le préfet :
1° D'ordonner l'enregistrement à sa date, au secrétariat de la préfecture, de la présente demande en concession ;
2° De leur faire délivrer un extrait certifié ou récépissé de ladite demande ;
3° D'ordonner toutes publications et affiches où besoin sera, et ce, en exécution des articles 22, 23, 24, 25 de la susdite loi du 21 avril 1810.
Les soussignés offrant, s'il y échet, de déposer ou consigner telle somme que de besoin pour le frais et dépens de l'instruction requise.
Je suis, avec un profond respect, monsieur le préfet, votre très humble et dévoué serviteur.
Par procuration de MM. John-Robin Harris et Vincent Wanostrocht :
Signé, François CORBIÈRE.
Entrepreneur à Bédarieux (Hérault).
Vu pour la légalisation de la signature de M. François Corbière, entrepreneur, apposée ci-dessus.
Bédarieux, le 17 juin 1863.
Le Maire.
Signé : THÉRON, notaire.

Montpellier, le 4 mars 1864.
À monsieur le préfet du département de l'Hérault,
Monsieur le préfet,
Les soussignés John-Robin Harris et Vincent Wanostrocht, sujets anglais, demeurant à Londres, mais faisant, pour les présentes, élection de domicile à Paris, rue du Faubourg-Saint-Honoré, n°5, en l'étude de Me Potier de la Berthelière, notaire, et sur les lieux, à Bédarieux, département de l'Hérault, au domicile du sieur François Corbière, leur fondé de pouvoirs, par procuration en brevet jointe à la demande, qui a signé les plans et la demande :
Ont l'honneur de vous adresser, à nouveau, leur demande en concession des mines de plomb, cuivre et zinc argentifères de Villemagne (Hérault), rectifiée suivant vos dernières instructions.
Cette demande a pour but de leur faire concéder l’exploitation de filons métalliques, offrant un mélange intime de galène ou plomb sulfuré, de cuivre pyriteux, de cuivre oxydulé, cuivre sulfuré amorphe, et de blende ou sulfure de zinc, tous minerais que leurs recherches et leurs essais leur ont fait reconnaître argentifères.
Ces filons sont encaissés dans les terrains cambrien et silurien, à l'est du mont Carrouch, montagne de soulèvement granitique, se reliant au grand plateau central de la France ; quelques-uns pénètrent même dans le terrain du zias.
Afin de satisfaire aux justes observations de votre lettre, monsieur le préfet, les demandeurs ont dû réunir en un seul l'ensemble des trois périmètres qu'ils avaient d'abord soumis à votre approbation, afin d'en rendre la délimitation plus claire.
Ce nouveau périmètre, plus restreint que l'ensemble des trois précédents, que les soussignés ont l'honneur de soumettre à votre approbation, comprend la commune du Pradal, s'étend sur partie des communes de Camplong, Boussagues, Villemagne, Villecelle, Combes, Rosis, Saint-Gervais, Taussac, et sur très petite partie d'Hérépian, toutes communes de l'arrondissement de Béziers, département de l'Hérault, et prend une très petite bande au nord de la commune de Colombières, arrondissement de Saint-Pons, toujours département de l'Hérault.
Ce périmètre, dont l'étendue superficielle est de 72 kilomètres carrés 68 hectares, est limité comme suit :
1° Au sud, par une seule ligne droite tirée du point A, intersection des rives droites de la rivière Orb et du ruisseau de Lamalou (sommet d'angle déjà déterminé pour la concession des mines de cuivre de Vieussan, angle sud-est de la parcelle cadastrale n°931, dernier de la série, section A, commune de Villecelle), au point B, intersection du ruisseau d'Arles et du thalweg de Cabris, autre sommet d'angle déjà fixé pour la délimitation de la concession de Vieussan (à la convergence des parcelles cadastrales 70-71, section A, et 665, section B, commune de Colombières, arrondissement de Saint-Pons).
2° À l'ouest, par une ligne droite allant du point B au point C, sommet du clocher de l'église de Douch (commune de Rosis, section E, n°203) ; puis, par une autre droite partant dudit point C et aboutissant au point D, intersection des thalwegs de Casselouvre et de l'Ourtigas (très près, en acal, du hameau de Caissenols-le-Bas, commune de Rosis).
3° au nord, par une ligne droite partant du point D et aboutissant au point E, aiguille du clocher de Saint-Gervais (commune de Saint-Gervais, section G, n°665) ; puis par une autre droite menée dudit point E au point K, thalweg du confluent de la rivière de Mare et du ruisseau du Clédou (commune de Camplong), sommet d'angle déjà commun à trois des concessions houillères de Graissessac, et se prolongeant jusqu'en F, point de rencontre de la ligne droite EKF et de la ligne droite HGF, tirée du clocher de Villemagne au clocher de Boussagues, et prolongée également jusqu'en F (ce point F se trouve à environ 270 mètres au-dessus de l'intersection du chemin vicinal de Graissessac à Bédarieux par le ravin de Furlhonne).
4° À l'est, par une ligne droite partant du même point F et allant au point G, aiguille du clocher de Boussagues (section E, n°78) ; puis par une autre droite menée dudit point G au point H, aiguille du clocher de Villemagne (section C, n°988) ; puis enfin de ce point A, à l'intersection des rives droites de l'Orb et de Lamalou.
Pour satisfaire aux articles 6 et 42 de la loi du 21 avril 1810, les soussignés s'engagent à payer aux propriétaires du sol une redevance fixe de 10 centimes par hectare, indépendamment des indemnités qui pourraient être dues pour dégâts occasionnés et occupations temporaires, indemnités qui seront alors réglées conformément aux articles 43 et 44 de la même loi.
Quant à un inventeur réel, aucun ne s'est présenté ; nous pensons qu'il n'en existe pas, ces filons ayant été exploités dans une antiquité très reculée, et signalés d'une manière toute locale par des auteurs anciens.
Les soussignés s'engagent également à payer les redevances, tant fixe que proportionnelle, dues à l'État, ainsi qu'à se conformer au mode d'exploitation et à toute instruction émanant de l'administration, comme à toute organisation nouvelle en la matière.
Les bois nécessaires à l'exploitation du gîte minier seront tirés du commerce ou du pays même.
Les minerais extraits seront d'abord enrichis sur place, dans les laveries créées ad hoc, puis expédiée provisoirement dans les usines existantes ; mais, ultérieurement, ils seront traités sur place, dès qu'une usine spéciale sera reconnue avantageuse.
Alors les combustibles nécessaires seront tirés des houillères de Graissessac et des charbonnières des montagnes du pays même.
Quant aux moyens financiers des demandeurs, ils sont constatés par des pièces spéciales déposées avec la demande.
Veuillez agréer, monsieur le préfet, l'assurance de la haute considération avec laquelle les demandeurs soussignés ont l'honneur d'être, vos très humbles serviteurs.
Pour les sieurs : John-robin HARRIS et Vincent WANOSTROCHT, demandeurs de la concession des Mines de cuivre, plomb et zinc argentifères de Villemagne (Hérault).
Vu, lu et approuvé, par procuration :
Le fondé de pouvoir des demandeurs,
Signé : François CORBIÈRE.
Certifié conforme :
Le conseiller de préfecture délégué,
CH. MOUTON.

vendredi 30 octobre 2015

Saint-Martin-du-Froid de l'Espinouse

Étude historique et archéologique (1)
Le nom de saint Martin, le célèbre thaumaturge des Gaules, est aussi populaire dans le midi que dans le nord de la France, et les nombreux sanctuaires qui lui sont dédiés attestent l'étendue de son culte. Un très grand nombre de villages dans notre Midi portent le nom du saint légionnaire et ont eu pour berceau un ancien oratoire où il était honoré.
La chapelle que je viens signaler a une autre origine. Elle fut construite, dans les temps reculés, sur le plateau de l'Espinouse, à 1 200 mètres d'altitude, sur un mamelon où passe l'étroit sentier qui met en communication la vallée d'Olargues avec les hautes montagnes. Dans le cartulaire du monastère de Gellone, en 922, cette montagne porte le même nom que de nos jours, Espinosa.
Sur cette haute cime, cette chapelle isolée devait servir de signal, et dans les jours de tourmente, si fréquents pendants l'hiver, elle indiquait la route aux voyageurs égarés. C'était aussi un refuge et un abri contre la violence de la tempête qui se déchaîne avec tant de fureur sur ces sommets battus par tous les vents. C'est pour cela que cette chapelle porte à juste titre le nom de Saint-Martin-du-Froid. La tradition a placé auprès de ce sanctuaire un ermite qui en était le gardien et qui a laissé un renom de sainteté. Une source qui coule non loin de cette chapelle porte, dans la croyance populaire, le nom de fontaine du saint.
À côté de la légende vient se placer l'histoire. Cet oratoire a été pendant plusieurs siècles l'objet d'un culte populaire. S'il n'existe aucun vestige de construction qui indique que ce lieu ait été habité, de nombreux tombeaux attestent qu'il était consacré à la sépulture des morts. Les populations voisines sollicitaient la faveur de reposer à l'ombre du sanctuaire de saint Martin. La forme de ces tombes accuse une haute antiquité. Ce sont comme des sillons creusés à peu de profondeur et revêtus d'ardoises qui recouvrent le fond, les parties latérales, et qui servent de couvercle. Ces tombes sont orientées. La tête était appuyée sur l'abside de la chapelle et les pieds étaient tournés vers le levant. On n'y a retrouvé aucune pièce de monnaie, aucun objet qui rappelle ces temps éloignés.
Une de ces tombes se distingue des autres. C'est un monolithe de grès rouge, à grain un peu grossier, creusé en forme de sarcophage, pour recevoir le corps auquel il était destiné. Chose singulière ! Le grès rouge ne se trouve pas sur ces montagnes qui sont de formation granitique. Le lieu d'où a été extrait ce sarcophage est au moins à une distance d'une quinzaine de kilomètres, et ce n'est pas sans peine qu'on l'a transporté sur cette montagne. Il était destiné à la sépulture de quelque grand personnage de cette contrée. Le couvercle qui recouvre le tombeau est légèrement bombé et terminé en arrête, et une grande croix en relief a été sculptée sur toutes la longueur. Mais il n'y a aucune inscription portant le nom du défunt, aucun reste d'armoiries. On avait choisi le grès rouge, parce qu'il est moins dur que le granit et qu'on peut le creuser plus facilement.
À quelle époque remontent ces sépultures ? Quoique nous ne puissions leur assigner une date précise, nous n'hésitons pas à affirmer qu'elles remontent à une haute antiquité. Depuis plusieurs siècles, ce mode de sépulture n'existe plus dans nos contrées. À l’époque mérovingienne, il était généralement en usage, et telle était la forme des sépultures gallo-romaines. Elle persista au moyen-âge et céda peu à peu la place au système d'inhumation en vogue aujourd'hui.
La chapelle, construite en petit appareil, appartient à la période romane, autant qu'on peut en juger par l'inspection des fondements de l'abside, qui sont les seuls restes du monument. Ses dimensions étaient restreintes, et elles ne mesuraient pas plus de sept mètres de longueur.
Le plateau de l'Espinouse, sur lequel a été bâti cet oratoire, forme la partie occidentale de ce massif montagneux que le cartulaire de l'église de Lodève, dans la Gallia Christiana, désigne, en 987, sous le nom de Cairosus mous, le mont Caroux. Il est coupé par des gorges profondes. L'une d'elles, qu'on appelle la gorge d'Éric, est d'un accès très difficile, et ce n'est que par un étroit sentier, suspendu aux flancs de la montagne, que les quelques familles perdues dans les profondeurs de cette gorge peuvent communiquer avec le plateau supérieur.
C'est près de cet immense et profond ravin, au nord et à l'ouest, que se trouvent les vestiges de deux stations celtiques. La plus importante porte le nom de plateau de Bru, ou des bruyères, parce que le sol est couvert d'épaisses touffes de cet arbuste de nos montagnes (2). on retrouve de distance en distance des tronçons de la vaste enceinte de murailles qui enfermaient ce plateau. Ces murs, qui forment aujourd'hui de grands éboulis, étaient construits en pierre sèches, sans ciment, et pour les élever, on n'avait eu qu'à ramasser les débris de granit et de schiste qui se trouvaient en abondance sous la main. On peut suivre encore la ligne du fossé creusé le long des murs. Dans l'intérieur de l'enceinte, on rencontre de nombreux débris de poteries grossières. C'était évidemment un lieu de refuge où devaient se retirer, avec leurs troupeaux, les populations des vallées voisines, à l'approche de l'ennemi. Le périmètre de ce camp mesure 3 kilomètres et embrasse toute l'étendue de ce plateau, non moins bien fortifié par la nature que par la main de l'homme. Vers l’ouest, à quatre kilomètres de ce camp, sur un des escarpements de la gorge d'Éric, on retrouve les vestiges d'une autre station, beaucoup moins importante que la première. Une énorme roche, surplombant sur l'abîme, forme une plate-forme d'un demi-kilomètre de circonférence. Le seul côté qui donnait accès à cette enceinte était défendu par un mur formé de blocs de granit, qui subsiste encore.
Les flancs de la gorge qui dominent ces deux stations celtiques sont couverts de vieux chênes et de hêtres séculaires. C'est dans cette antique forêt, non loin de ces deux lieux de refuge, que les druides ont dû célébrer leurs mystères (3).
Or, lorsque le christianisme prit possession de cette contrée, il fit, à l'égard des peuplades païennes qui résidaient en ce lieu, ce que saint Martin avait fait, au centre de la Gaule, à l'égard des païens qui avaient un culte superstitieux pour leurs chênes antiques : il abattit les arbres sacrés, et là où s'élevait l'autel des fausses divinités, il érigea un oratoire au tribun populaire qui avait été l’apôtre des Gaules. Cette chapelle dédiée à saint Martin serait le mémorial du triomphe que l'évangile remporta, dans ces temps reculés, sur les superstitions païennes. Les deux stations celtiques que nous avons signalées et la forêt de hêtres qui se trouve dans le voisinage, rappellent l'ancienne population de cette montagne, et le nom de Saint-Martin, que porte la chapelle, perpétue le souvenir du grand thaumaturge qui évangélisa l'Aquitaine et la Gaule celtique.
L'histoire locale ne fait aucune mention de ce sanctuaire. Ce n'est qu'au XVe siècle que, dans un inventaire des droits à percevoir sur les masades, au profit du seigneur d'Olargues, nous voyons mentionné San Marty d'al frech, Saint-Martin-du-Froid (4).
Mais à défaut de l'histoire, nous pouvons dire que les pierres parlent. Dans les anciennes cartes et dans la tradition populaire, ce lieu est désigné sous le nom de Peyroutarié, ou monceau de pierres. Or, aujourd'hui, il n'y a dans ce lieu d'autres pierres que celles qui ont servi à la construction de la chapelle. D'où peut donc provenir ce nom ? N'est-il pas une indication qu'il existait autrefois sur ce sommet un amas de blocs, de pierre consacrée au culte druidique, tels que dolmens, menhirs, comme on en rencontre encore sur quelques-uns de nos plateaux ? Ces pierres, qui avaient servi aux rites religieux des anciennes peuplades, reçurent une nouvelle destination, quand la foi chrétienne pénétra sur ces montagnes, et furent employées à la construction de l'oratoire de Saint-Martin.
L’historien de saint Martin, Sulpice Sévère, nous dit que partout où le saint apôtre avait renversé les idoles, il y faisait élever une église. Les peuplades voisines continuaient ainsi à se rendre aux lieux où elles avaient coutume d'accomplir leurs pratiques religieuses et d'offrir leurs sacrifices. Mais l'objet de leur culte n'était plus le même. L'idole qui recevait auparavant leurs hommages avait cédé la place au Dieu véritable que saint Martin leur avait appris à connaître.
Les conversions opérées par l'infatigable apôtre étaient très nombreuses. Là où il y avait à peine un chrétien, au passage du saint, à peine restait-il un infidèle, après son départ, nous dit son biographe. Les temples chrétiens succédaient partout aux temples païens. C'est ainsi que la chapelle de Saint-Martin-du-Froid remplaça le monument que les Rustici rusticiani du pagus voisin, comme les appelle Sulpice Sévère, avaient consacré à leurs fausses divinités. La Gaule se couvrit peu à peu de sanctuaires dédiés à saint Martin, et celui que son père idolâtre avait appelé Fils de Mars, comme l'indique l'étymologie de son nom, est vénéré comme un des fondateurs de la France chrétienne. Le diocèse de Montpellier possède 52 villages, hameaux ou église, qui portent le nom de saint Martin, et à côté le diocèse de Nîmes, en compte 27. les autres diocèses ne sont pas moins riches, et d'une extrémité de la France à l'autre, d'innombrables souvenirs religieux attestent combien est populaire le souvenir de saint Martin. De Tours, où son tombeau devint l'objet d'un grand pèlerinage, son culte rayonna dans toutes les provinces, et partout le peuple l'a honoré comme un puissant protecteur de notre patrie.
Saint-Martin-du-Froid a été jusqu'à ces derniers temps un lieu de pèlerinage fréquenté par les populations voisines, et cette dévotion a survécu au sanctuaire lui-même, renversé par la main du temps plutôt que par celle des hommes. Si les morts n'y sont plus transportés, comme aux siècles passés, pour dormir à l'ombre de la chapelle, les vivants viennent encore invoquer la protection du saint Martin et lui demander un soulagement à leurs souffrances. Les infirmes, les personnes atteintes de douleurs rhumatismales s'y traînent péniblement, ou s'y font transporter. Là, appuyées sur le bâton qui a soutenu leur marche, elles font plusieurs fois le tour de l'ancien oratoire, récitant des prières, sollicitant la protection de l'illustre thaumaturge qui, pendant sa vie, rendait la santé aux malades et ressuscitait même mes morts. Puis, après de longues et ferventes supplications, elles jetaient leur bâton de voyage comme un ex-voto, dans l'enceinte du sanctuaire, et reprenaient, pleines de confiance, le chemin de leur demeure. On raconte que plus d'une fois, une prompte guérison, ou du moins un soulagement sensible, était la récompense de cet acte de foi généreuse.
Des mains pieuses viennent de relever l'antique chapelle vénérée par nos pères. Grâce à la louable initiative des deux derniers pasteurs de la paroisse voisine de Salvergues (5) et au concours de quelques personnes de bonne volonté, le sanctuaire de Saint-Martin-du-Froid vient d'être restauré, et bientôt les populations de nos montagnes reprendront le chemin de l'antique oratoire et viendront invoquer saint Martin au pied de cet autel où l'ont si longtemps imploré nos aïeux.
Que de cette hauteur où s'élève son sanctuaire, saint Martin étende sa protection sur nos montagnes. Qu'il adoucisse, pendant l'hiver, les rigueurs du froid et les intempéries des saisons. Qu'il préserve surtout les habitants des fermes voisine de cet autre froid plus funeste que celui de l'hiver, le froid mortel de cette impiété grossière qui descend dans les masses, qui des villes commence à se propager sur nos montagnes et qui menace d'étouffer ces sentiments religieux, autrefois si vivants et si fermes dans ces contrées. Qu'il conserve dans les familles, avec la droiture et la bonne foi, ces mœurs simples et pures du bon vieux temps !
Sur ce même plateau de l'Espinouse, non loin des bords de l'Agout, à 4 ou 5 kilomètres de Saint-Martin-du-Froid, les ruines d'un autre sanctuaire attirent les regards du touriste et excitent les regrets du chrétien. Ce sont celle de l'église rurale de Saint-Pierre, qui, pendant longtemps jusqu'à la révolution, réunissait, le dimanche, les habitants des fermes des environs. C’était une église paroissiale. On y voit encore la cuve baptismale où l'on administrait aux nouveaux-nés le Sacrement du baptême, et à côté, le cimetière où dorment les générations éteintes. Une croix de pierre, dont les sculptures accusent un travail du XVe siècle, gît tristement au milieu des décombres. Cette chapelle est orientée, et quoique restaurée à diverses époques, elle présente encore quelques vestiges d'architecture romane.
La vue de ces ruines, au milieu desquelles poussent quelques arbustes, où venaient autrefois prier les populations voisines, laisse dans l'âme une impression de tristesse. Placés aux deux extrémités de ce plateau, les deux chapelles de Saint-Pierre et de Saint-Martin-du-Froid étaient comme les gardiens tutélaires de cette contrée.
L'Abbé AZAÏS.

(1) Cette étude a été lue, au mois d'avril dernier, à la Sorbonne, au congrès des délégués des Sociétés savantes.
(2) C'est à tort que ce plateau est appelé camp de César. Le conquérant romain n'a jamais conduit ces légions sur ces montagnes. Peut-être ce nom de Bru est-il une altération du mot celte Bren, ou chef gaulois, qui aurait campé sur ce plateau avec la tribu qu'il commandait. Le mot Bren ou Brennus, en s'altérant dans la suite des temps, a pu former le mot Bru, que porte aujourd'hui ce plateau.
(3) C'est là que, pendant l'hiver, revêtus d'une robe blanche, une serpe d'or à la main, ils allaient, en présence des délégués des différentes tribus, cueillir, sur le hêtre ou le chêne, le gui, qu'ils conservaient comme une plante sacrée et comme un antidote contre le poison. C'est à l'ombre de ces forêts qu'ils accomplissaient leurs sanglants sacrifices et qu'ils immolaient des victimes humaines. La pierre qui recouvrait la partie supérieure des dolmens servait d'autel et était arrosé du sang des victimes. – (Druides et Druidisme, par M. l'abbé Emmanuel Théron).
(4) Étude de Me Gabriel Gros, avoué à Saint-Pons.
(5) M. l'abbé Mingaud actuellement curé de Marthomis et M. l'abbé Beziot, aujourd'hui curé de Fraïsse.
couverture

dimanche 18 octobre 2015

Le retour d'une excursion (2/4)

II.

Nous passâmes à Saint-Pons la veille du jour où allait se tenir la foire du 16 septembre. Les marchands forains, arrivant en nombre, pour être installés dès le lendemain matin, dressaient déjà leur tentes et leurs bancs sur la promenade du Foiral et sur celle des abords de l’Église. Dans notre rapide passage, nous dûmes nous borner à leur souhaiter de bonnes affaires.
Au sortir de Saint-Pons, la route impériale tourne à gauche et traverse le hameau de Courniou ; la route départementale n°11, à droite, mène à la Salvetat. La Salvetat, Salvitas, Sauvetat, lieu d'asile ou de sûreté où l'on se réfugiait pour se soustraire aux guerres que les grands seigneurs se faisaient entre eux, est à vingt-un kilomètres de Saint-Pons ; ce bourg est peuplé de 1 200 habitants ou de 4 000 environs, si on compte la population des nombreux hameaux annexés à la commune.
Le canton, dont il est le chef-lieu, situé à l'extrémité septentrionale de l'arrondissement, est compris entre ceux de Saint-Pons et d'Olargues et le département du Tarn. Il est arrosé par l'Arn l'Agoût et la Vèbre. Il est ceint du sud à l'est par la haute chaîne de l'Espinouse. Il renferme des bois de hêtre, des prairies, d'excellents pâturages nourrissant de nombreux troupeaux de toute espèce, des châtaigniers et des arbres fruitiers. Le bas des montagnes, à cause de l'élévation du terrain, ne peut produire que du seigle. Ma superficie est de 18 925 hectares 9 ares ; la population de 6 336 habitants. Il se compose de trois communes : la Salvetat, Fraïssé et le Soulié ; chacune d'elles renferme beaucoup de hameaux.
La Salvetat se trouve sur un monticule au pied duquel sa déploie un gracieux vallon dans lequel serpente la rivière de l'Agoût. Cet endroit, par lui_même, n'offre rien de curieux ; mais les environs présentent de riches tableaux, des points de vue ravissants. On élève de la volaille et beaucoup de bestiaux ; on y fait d'excellent beurre ; on pêche des truites d'un goût exquis. Le frêne, l'ormeau, le chêne, le noyer, le hêtre sont les arbres du pays. Il y a des fabriques de molletons radius et des filatures de laine. Aux environs se trouve la source minérale dite de Rieumajou. La Salvetat est à 669 mètres au-dessus du niveau de la mer ; la culture du seigle et de la pomme de terre est seule possible. C'est entre Saint-Pons et la Salvetat que s'élève le plateau du Sommail, à une hauteur de 966 mètres. La Salvetat remonte par son origine à l'an 1171. il s'y tient plusieurs foires et un marché tous les mardis pour les bestiaux, les grains, etc.
La route départementale n°8 mène à Bédarieux. Elle côtoie constamment la rivière de Jaur jusqu'à Mons ; puis vient le tour de la rivière d'Orb jusqu'à Bédarieux, ou plutôt jusqu'à Lunas. La distance de Saint-Pons à Bédarieux est de 44 kilomètres.
Avec quel plaisir ne chemine-t-on pas dans cette délicieuse vallée ? Ce qu'on voit, ce qu'on goûte, l'air embaumé qu'on respire font oublier la poussière du chemin, le poids de la chaleur, la fatigue de la marche. Le versant des montagnes est couvert de bois de toute espèce, de châtaigniers, de noyers, de pommiers. Les fruits de l'automne pendaient abondamment de ces arbres. Tandis que les châtaigniers et les pommiers conservent encore leurs produits, pour qu'ils aient le temps d'achever de bien mûrir, les noyers se trouvaient dépouillés de leurs boules vertes. Des groupes de femmes et d'enfants, munis d'une gaule et de paniers, cherchaient avec des yeux de furet les dernières noix oubliées sur l'arbre, égarées sur le sol, ou cachées dans la jonchée. Des carrés de terres retenues sur le penchant des coteaux par un mur de pierre sèche trahissent le désir de cultiver la vigne. Dans l'état de maigreur où se présentent ces vignobles, malgré leur belle exposition au soleil, ils ne feront jamais croire qu'ils puissent donner un jour des ruisseaux de vin. Les bords de la rivière sont émaillés de prairies. Les bosquets d'arbres, les amas de plantes, les touffes de racines, cèdent de temps en temps la place aux lieux habités ; ils apparaissent épars çà et là comme des points blancs ou gris-noirâtres sur ce large tapis de verdure. Ce sont des villages bâtis au bord de la route, des hameaux ou des bergeries qui surgissent sur les flancs ou au sommet de la montagne.
Riols, Rivuli, Riolos, à cinq kilomètres de Saint-Pons, renferme un gîte de minerai de cuivre au hameau de Cazilhac, des fabriques de draps, de savons, de cendres gravelées et des filatures de laine. Un concile provincial fut tenu en 937 au hameau d'Euzèdes ou Auzèdes, dépendant de cette commune. Prémian, Promiane, Prœmianum, à neuf kilomètres de Saint-Pons, possède des filatures de laine. Saint-Vincent, Sanctus Vincentius, plus éloigné de la route, semble perdu dans la montagne et sert de centre à une foule de hameaux éparpillés sur les coteaux ou dans des bas-fonds. En atteignant Olargues, nous nous trouvons avoir fait à peu près la moitié du chemin.
Le canton d'Olargues est compris entre ceux de la Salvetat, de Saint-Pons, de Saint-Chinian et l'arrondissement de Béziers. Il est arrosé par les rivières de Jaur et de l'Orb. Il est montueux, et, en général, de peu de produit. Il se compose de terres labourables, de quelques vignobles, de prairies, de pâturages, de bois de chêne, de hêtre et de châtaigneraies. Sa superficie est de 28 324 hectares 92 ares ; sa population de 10 577 habitants. Il embrasse douze communes.
Le bourg d'Olargues, Olargium, Olarge, Olargua, bâti en rapide amphithéâtre sur le penchant de la montagne et au bord de la rivière de Jaur, est à 19 kilomètres de Saint-Pons. On aperçoit de loin sur la rivière un pont d'une seule arche dont la voûte est remarquable par sa hardiesse et son élévation. L'église a été reconstruite près de la route, mais le clocher de forme élancée, qui servait à l'ancienne, a été laissé sur la hauteur. Ce n'est peut-être pas sans intention. Le son des cloches, s'étendant plus au loin, arrive jusqu'aux hameaux voisins. Les oliviers du vallon d'Olargues ont conservé leur teinte blafarde ; ce n'est pas cette couleur noirâtre présageant une maladie dans les oliviers de l'arrondissement de Béziers. Olargues a eu le titre de baronnie ; son château fut pris et pillé par les Ligueurs. C'est la patrie du médecin et auteur Jean, dit d'Olargues ; il vivait au XIVe ou XVe siècle.
Au hameau de la Trivalle, Tres Valles, commence brusquement le rocher du Caroux dont on aperçoit les pentes abruptes de notre boulevard du nord, lorsque le temps est serein et l'horizon sans nuages. Cette chaîne granitique, d'une hauteur de 1 093 mètres, cache dans ses flancs, comme une aire d'aigle, le triste et pauvre hameau de Héric. Elle s'étend un long espace parallèlement à la route départementale, puis se détourne insensiblement, disparaît derrière les collines du Pujol et d'Hérépian et se confond dans le canton de Saint-Gervais avec la montagne de l'Espinouse et les monts de l'Orb, rattachés eux-mêmes par les Monts Garrigues à la vaste et longue chaîne des Cévennes.
Saint-Martin, Sanctus Martinus de Donzâ, et Colombières, Columberiæ, avec de profondes gorges aux environs, sont les dernières communes du canton d'Olargues. Ce pays est peu productif ; les habitants subsistent généralement par les filatures de laine.
Le Poujol et Hérépian, deux jolis villages, appartiennent au canton de Saint-Gervais. Ici l'aspect du pays change ; il devient riant.
Le Poujol, Pogiolum, Poiolum, situé dans un charmant vallon, possède des filatures de soie et des carrières de grès. Les coteaux sont couverts de vignes et de bois. Dans un lieu isolé, sur la rive droite de l'Orb, subsiste l'église romane de l'ancien prieuré de Saint-Pierre-de-Rèdes. Elle est à une seule nef, terminées à l'est par une apside demi-circulaire, avec portes à l'ouest et au midi. C'est un carré long régulièrement orienté. D'après la tradition, elle serait une des quarante bâties par Charlemagne ; mais, au sûr, elle est antérieure au XIe siècle et peut être, ajouterons-nous, rapportée au Xe siècle.
Un poteau indicateur set placé à l'entrée du chemin de grande communication n°22. Nous arrivons, après avoir parcouru cinq hectomètres à partir de la route, à Lamalou, en longeant la petite rivière de ce nom. Ce hameau de la commune de Villecelle, situé dans un vallon d'un aspect pittoresque, au pied du coteau de l'Usclade, possède un riche établissement thermal de plus en plus fréquenté tous les ans, grâce à l'efficacité des eaux et au bien-être offert aux baigneurs. Il se compose de trois sources appelées : Lamalou-le-Bas ou l'Ancien, Lamalou-le-Centre ou Capus, et Lamalou-le-Haut. Elles sont éloignées l'une de l'autre d'un et de deux kilomètres.
Les eaux de Lamalou-le-Bas, thermales, salines, acidules, gazeuses, d'une température de 34 à 35° centigrade, conviennent dans les affections rhumatismales simples sans complication d'affection nerveuse, dans les engorgements abdominaux et autres. Celles de Lamalou-le-Centre, froides, ferrugineuses, d'une température de 30° centigrade, sont employées pour bains et pour douches, et comme boisson. Nous pûmes voir, en passant, des groupes de buveurs et de buveuses formés auprès de la source de Capus. Enfin, celles de Lamalou-le-Haut, thermales, salines, acidules, gazeuses et ferrugineuses, d'une température de 34° centigrade, sont propres au traitement des affections rhumatismales ou goutteuses, aux faiblesses générales et locales et conviennent à toutes les maladies qui ont un caractère nerveux.
Le chemin de grande communication ne va pas plus loin. On passe sur un pont rustique et l'on arrive dans un bois de magnifiques châtaigniers dont l'épais feuillage ferme toute issue aux rayons importuns d'un ardent soleil, et où il est permis à la masse de l'air de circuler librement. Assis sur un banc de pierre, l'oreille se prêtait malgré nous, dans une prairie voisine, au grincement sourd d'une faux dont le mouvement cadencé multipliait les andains sous les pas d'un faucheur actif. Le gargouillement d'un petit filet d’eau invitait au repos et presque au sommeil le corps humecté de sueur et saisi par la fatigue. Devant nous, des baigneurs allaient et venaient, enveloppés d'un manteau, un linge blanc sous le bras. D'autres, ayant pourvu à ce soin de plus grand matin, liaient un journal ou causaient à l'ombre d'un arbre.
L'hôtel Carel se trouve en face du chemin de Lamalou. Il faut indiquer ce lieu charmant d'habitation, parce que tout près a été tracé un sentier conduisant à la source de la Vernière. Une passerelle jetée sur la rivière d'Orb en facilite l'accès aux visiteurs. L'eau de cette source, située dans la commune des Aires, est froide, alcaline, gazeuse et ne se prend qu’en boisson. Des bancs de gazon ont été disposés çà et là pour la commodité de ceux qui s'y rendent.

(À continuer.)
A. SOUCAILLE.